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Au Liban, le péché d’orgueil d’Emmanuel Macron

jees images sont immédiatement apparues dans le livre d’or de la relation France-Liban. Il a été taché de sang et de poussière il y a deux ans, le 6 août 2020, à Beyrouth, quarante-huit heures après la méga-explosion qui a eu lieu dans le port de la capitale libanaise.

Emmanuel Macron venait de descendre de son Falcon, avait enlevé son manteau, retroussé les manches de sa chemise et, dans le quartier de Gemmayzé, à 200 mètres de l’épicentre de la catastrophe libanaise, sous les balcons à arcades vacillantes des vieilles maisons ottomanes , il s’était adressé à la foule. “Je comprends ta colèreavait-il expliqué avec des accents gaullistes. Je ne suis pas là pour soutenir le régime, je suis là pour vous aider en tant que peuple, pour proposer un nouveau pacte politique. Vive le Liban ! »

La scène a été calibrée pour les réseaux sociaux. Le jeune président, plongé dans la lutte, a exigé une enquête internationale, en lien avec le petit peuple de Beyrouth, venu lui présenter ses doléances. Difficile d’imaginer spectacle plus inquiétant pour les caciques libanais, retranchés dans leurs bureaux, enfermés dans le déni d’un système mafieux dont la catastrophe du 4 août est le sous-produit.

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Le contraste devait les inciter à déposer les armes. Mais cela ne s’est pas produit. Mais malmenés par le soulèvement de l’automne 2019 et les manifestations qui ont suivi l’explosion, les barons communautaires résistent pas à pas aux demandes de réforme de l’Elysée, condition sine qua non pour le redressement financier du pays. Minée par les manœuvres dilatoires des accusés et le travail de sape de l’ancienne classe dirigeante qui s’est préparée à l’impunité, l’enquête sur les causes de l’explosion semble en passe d’être enterrée. Les élections législatives de mai ont finalement remis la cabale en selle pour trois décennies.

La faute d’Emmanuel Macron est d’être resté au milieu du gué, d’en dire trop et d’en faire trop peu. D’une part, le président a utilisé une rhétorique enflammée : “profiteurs”, “rente”, “mauvais système”, “jeu meurtrier de la corruption”, “trahison collective”, etc. En revanche, ses actions n’ont jamais atteint la puissance de ses paroles, suscitant des attentes qu’il ne pouvait que décevoir et donnant l’impression de donner des leçons de morale vides de sens.

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Signe éloquent, le chef de l’Etat s’est toujours montré réticent à mettre à exécution ses menaces de sanctions, si ce n’est pour des seconds couteaux. Un an après l’adoption de l’arsenal judiciaire qui lui permettra de sanctionner des personnalités libanaises, l’Union européenne n’a toujours pas inscrit de nom sur sa liste noire. Emmanuel Macron insiste pour parler aux Libanais comme s’il était leur ami, feignant d’ignorer les intérêts politiques qui guident inévitablement sa position.

On le voit aujourd’hui dans sa réticence à demander au Conseil des droits de l’homme de l’ONU de mettre en place une commission d’enquête sur le crime du 4 août. Ou l’étrange attitude des douanes françaises. En juin 2021, ils s’étaient contentés d’infliger une amende de 2 700 euros à Riad Salamé, le gouverneur de la banque centrale libanaise, surpris avec 90 000 euros en espèces à l’aéroport du Bourget, alors que l’homme est poursuivi par la National Parquet financier pour “blanchiment” et “association de malfaiteurs”. Le locataire de l’Elysée a sous-estimé le pouvoir d’indolence du système libanais et surestimé les vertus de la diplomatie en bras de chemise. Le brin de courage de Gemmayzé est resté un moment d’orgueil sans lendemain.

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