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Benjamin Millepied propose une judicieuse réinterprétation de “Roméo et Juliette” avec son LA Dance Project

Alors est-ce un Roméo et Roméo, une Juliette et Juliette ou un Roméo et Juliette ? Jeudi 28 juillet, c’est la première version de son spectacle, sur la musique rugissante de Prokofiev, que Benjamin Millepied a choisi de présenter au théâtre antique de Fourvière, à Lyon. En décidant de rebattre les cartes de l’indestructible ballet conçu d’après la pièce de Shakespeare, le chorégraphe a eu l’idée judicieuse et accrocheuse de proposer alternativement trois options pour l’affiche. Et il fonctionne. Il échappe au piège d’une énième relecture d’une œuvre d’archi-révision, de Rudolf Noureev à Angélin Preljocajdonnant envie de voir les deux autres distributions.

L’autre atout de cette production du LA Dance Project, la compagnie américaine de Millepied, est la vidéo tournée en direct avec la complicité d’Olivier Simola. Lorsque la scène est vide, simplement surmontée d’un écran, c’est pour mieux capter les images sous tous les angles des quatorze danseurs. Plongeant dans une vue kaléidoscopique de la chorégraphie grouillante, style backstage, la caméra du steadicamer Trevor Tweeten vole après l’action. Ce sont surtout les duos, les plus intimes entre les deux amants (David Adrian Freeland Jr et Mario Gonzalez) qui se déroulent dans les ruines de Fourvière, qui bénéficient de cet effort. Rien de bien original cependant dans cette invitation au cinéma par la danse, tant elle est devenue courante sur les plateaux. Mais le ping-pong des plans, surtout des gros plans, qui effleurent la peau des gestes, comble le spectateur, de plus en plus habitué à une réalité fragmentée.

course tourbillonnante

Ce ballet est affûté d’un côté, de l’autre : celui du scénario. En une heure et seize minutes, Benjamin Millepied arrange l’affaire des deux amants, qui se suicident l’un après l’autre. Les images clichés disparaissent. Cependant, certains liens semblent manquer pour que l’enfilade des situations puisse être lue avec clarté. Heureusement, les personnages principaux de cette version masculine, dont Tybalt (Vinicius Silva) et Mercutio (Shu Kinouchi) sont facilement reconnaissables, voire empêtrés dans les peintures de groupe, où les femmes sont trop discrètes.

La musique rythmée, fébrile et évocatrice de Prokofiev explique-t-elle la structure classique et le style d’écriture de Millepied ? Sa danse incendiaire ne résiste pas aux remous et aux accélérations du compositeur. Légère et sautillante, tordue et swinguante à la Robbins, toujours erratique dans son état d’esprit, elle dégringole rapidement, comme si elle lançait une toupie et recommençait. Cette course éclair laisse la narration un peu plate, effilochant, au passage, le jeu des interprètes et la dureté tragique du récit.

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