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En Cisjordanie, les permis de voyage, outil de clientélisation pour Israël

Des Palestiniens regardent les forces de sécurité israéliennes boucher des trous dans une clôture frontalière près du poste de contrôle de Mitar, au sud d'Hébron, en Cisjordanie, le 3 avril 2022. Des milliers de travailleurs palestiniens y passaient quotidiennement pour entrer illégalement dans les zones israéliennes pour travailler.

Débarqué en 2020 dans l’administration civile israélienne, le bras de l’armée qui gère les affaires courantes des Palestiniens, en Cisjordanie occupée, Nadav Koenig a vite compris que pour être un bon officier, bnei siakh. En hébreu, ce terme signifie « interlocuteur ». “Un euphémisme qui fait en réalité référence aux salariés” Des Palestiniens, raconte l’Israélien de 24 ans, qui a quitté l’armée en 2021.

En poste à Bethléem, au centre de la Cisjordanie, l’un de ses principaux privilèges à l’époque était de distribuer, hors des voies officielles, des permis pour Israël à ces associés et à leurs proches en échange de leur fidélité. “C’est l’une des pratiques qui illustre le mieux la corruption de l’administration civile, il dit. Quel devrait être le droit fondamental de chaque personne ? [circuler librement] devient le privilège de quelques-uns. »

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Son témoignage, ainsi que ceux de plus de 50 anciens militaires affectés au Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires (Cogat), une administration responsable de la Cisjordanie occupée et subordonnée à l’armée, ont été publiés par l’ONG Vétérans israéliens Breaking the Silence, dans un nouveau rapport intitulé “Régime militaire”, publié lundi 1euh Août.

Il offre un aperçu sans précédent de la bureaucratie de l’occupation israélienne et de ses pratiques arbitraires, y compris l’utilisation de bnei siakh. Ces derniers sont recrutés parmi les dignitaires locaux : maires ou chefs communautaires, dignitaires religieux, responsables de la sécurité ou encore hommes d’affaires ayant des intérêts en Israël. À Bethléem et dans les environs, les Israéliens ciblent également les chrétiens qui “considérés par les militaires comme des occidentaux à qui parler”, note Nadav Koenig. Ils apportent beaucoup d’argent à la ville. »

Un « rôle clé dans l’occupation israélienne »

Les relations avec ces employés sont étroites : quand Nadav Koenig était en poste, deux ou trois d’entre eux venaient chaque jour chercher des services, directement dans les bureaux de l’administration civile. Les soldats “allaient parfois chez eux, invités au knafeh”célèbre dessert du Moyen-Orient avec du fromage et des cheveux d’ange, décrit le jeune Israélien.

Sur son canapé, dans les hauteurs de Haïfa, ville du nord d’Israël, Nadav Koenig feuillette une conversation WhatsApp avec son chef d’alors, archivée sur son téléphone personnel. Presque chaque jour, il recevait une nouvelle demande. Soudain, le maire d’une colonie israélienne voisine demande des autorisations pour une dizaine de ses protégés afin qu’ils puissent prier à Jérusalem ; un autre jour, il est maire ce qui nécessite la levée des restrictions de déplacement imposées à sa fille… Tout cela en dehors de toute procédure officielle, dans l’opacité.

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