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Le suicide du “Docteur Lisa-Maria”, harcelé par les antivax, émeut l’Autriche – Libération

Plusieurs villes du pays ont organisé des manifestations après la mort du médecin, fortement engagé dans la vaccination contre le Covid-19. Sa mort ravive les débats sur la haine en ligne.

Les cloches sonnent pendant de longues minutes, puis la foule observe le silence sur le parvis de la cathédrale Saint-Etienne. C’est ainsi que plus de 3.000 Viennois ont décidé lundi soir d’honorer la mémoire de Lisa-Maria Kellermayr, qui a juste refusé de garder le silence. Plusieurs centaines d’autres personnes se sont rassemblées en même temps dans les villes de Graz, Linz, Wels et Steyr.

L’Autriche est en ébullition depuis la nouvelle : Lisa-Maria Kellermayr, médecin de famille dans la commune de Seewalchen, au bord de l’idyllique lac Attersee, en Haute-Autriche, s’est suicidée au travail de jeudi à vendredi. Elle avait 36 ​​ans.

Le public autrichien connaissait son visage au bandeau très sage depuis la pandémie de Covid-19. Sur Twitter, la “Docteur Lisa-Maria” a fait état de ses expériences au contact des malades depuis début 2020 et s’est exprimée avec verve sur la politique sanitaire de son pays. Les télévisions l’invitaient régulièrement. Elle a critiqué les manifestations d’opposants à la vaccination et aux masques, nombreuses en Autriche ces deux dernières années. Elle est devenue la bête noire d’antivax et a été violemment harcelée, à la fois en ligne et au travail. Après avoir proféré publiquement des menaces de mort, la médecin a décidé de fermer son cabinet en juin, sans pour autant renoncer à son implication dans les médias.

“Protéger les femmes”

“Quand j’ai appris qu’elle était morte, j’ai cru qu’ils l’avaient finalement tuée”, René témoigne, dans le parvis. Cet étudiant, qui est le Dr. Kellermayr sur Internet, considère les manifestations de lundi comme des gestes de… “solidarité”. “Le manque de solidarité est notre plus gros problème en ce moment”, il a dit. Devait venir un petit groupe de médecins et d’infirmières de la Basse-Autriche voisine. Ils sont émus par le besoin de personnel médical à la lumière de Covid. Un peu plus loin, des féministes brandissent une pancarte : « Protéger les femmes, sur internet et dans la vraie vie », tandis qu’une bande de jeunes regarde vers le bas. ils sont ici “ne pas laisser le monopole des manifestations aux antivax”.

Tous s’accordent à voir dans le suicide de Lisa-Maria Kellermayr le symptôme d’une société en souffrance, sans toutefois s’accorder sur le mal exact. “Nous ne pouvons isoler aucune cause unique de la mort de Lisa, comme c’est souvent le cas dans ces cas”, mentionne l’organisateur de la commémoration, le militant viennois Daniel Landau, qui a rencontré le jeune médecin généraliste cet été.

Une poignée d’hommes politiques, de gauche et de droite, font leur apparition. Beaucoup d’autres ont réagi publiquement à la nouvelle du suicide, dont le président de la République : l’ancien Vert Alexander Van der Bellen a déposé lundi une guirlande de fleurs devant le cabinet vide de Seewalchen, un “geste en faveur de la cohésion sociale et contre la haine”.

Les néo-nazis seraient à l’origine des menaces

Pourtant, après le week-end, les hommages se sont largement taris et la polémique a pris le dessus. L’ambiance est lourde en Autriche, comme dans la chanson de Bob Dylan Qui a tué Davey Moore ? Qui est responsable de la mort de Lisa-Maria Kellermayr ? Tout le monde se culpabilise. Extrême droite, alors que des néonazis sont soupçonnés d’être à l’origine des menaces de mort ? La police, qui aurait bâclé son enquête et conseillé à la victime de simplement… “parlez moins d’elle” ? Le psychiatre à qui, selon les médias, elle aurait confié son désespoir quelques jours avant de passer à l’action ? Les médias qui en ont fait le punching-ball antivax ? Réseaux sociaux ? La chambre du docteur ?

Le drame remet la haine en ligne au centre des débats. le quotidien Le standard rapporte ainsi un ultime entretien avec Lisa-Maria Kellermayr la veille de sa mort, la citant : “Ce qui m’arrive peut arriver à n’importe quel citoyen.”L’application spécialisée BanHate indique que 2.817 cas d’attaques en ligne lui ont été signalés en Autriche l’année dernière. Une augmentation de 66% par rapport à la période pré-pandémique.

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