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Sainte-Marthe, salle 201, autre bureau du Pape (1/5)

La plaisanterie est lancée à la fin d’un de ces déjeuners qui rythment la vie du Vatican Rome. « Je parie qu’il a une régie à Sainte-Marthe avec des écrans et des micros pour voir et entendre ce qui se dit partout ! Il sait tout sur tout le monde. » Notre interlocuteur, très familier des mystères du Saint-Siège, traduit avec humour un sentiment largement partagé : rien n’échappe Francis qui exerce une règle de fer.

Dans ce restaurant du Borgo, le quartier jouxtant le Vatican, ou plus discrètement au centre de Rome, les décisions du Pape et la vie de la Curie font l’objet d’interminables commentaires. Et dans ce chœur de murmures la même observation revient, comme une antienne. Loin de l’image joviale et souriante qu’il dégage dans ses apparitions publiques, le pape argentin est avant tout un homme d’autorité. De nombreuses personnes en ont fait l’expérience. Ses choix, une fois faits, ne sont pas contestés. A tel point qu’un adjectif ressort systématiquement pour qualifier son style : vertical.

Réseau informel

Il y a un paradoxe ici. Rarement dans l’histoire récente un pape n’aura autant consulté avant de prendre ses décisions. Mais sa méthode est unique. Il est bien sûr à l’écoute de ses services. Mais il a aussi – et c’est là l’originalité de François – une multitude de sources personnelles. Un réseau informel qui entretient des relations directes avec lui et alimente sa réflexion, au-delà du filtre de la toute puissante secrétairerie d’Etat, censée jouer le rôle de tour de contrôle.

Le pape est habitué aux appels téléphoniques directs et spontanés. Ce n’est pas sans générer quelques incidents. Un de ses contacts – citoyen d’un pays en guerre vivant à Rome – se souvient de sa surprise lorsque son téléphone a sonné un matin : « Êtes-vous disponible pour venir me voir demain à 17 heures à Sainte-Marthe ? » C’est François, en personne. L’homme s’y rend le lendemain, mais lorsqu’il se présente aux membres de la gendarmerie vaticane stationnés à la Porta del Perugino, aucun d’entre eux n’est au courant. Vous devriez appeler le secrétariat personnel du pape pour vous assurer qu’il a un rendez-vous.

Dans le petit bureau de la salle 201, le Pape travaille et s’entretient : après les audiences officielles du matin au Palais apostolique, il reçoit tous les après-midi pour des rendez-vous de travail. La liste de ceux qu’il y rencontre n’est jamais rendue publique. Lors de ces rencontres, avec des politiques, des économistes, des journalistes ou des militants, François parle peu, prend des notes.

« Visiteurs de Sainte-Marthe »

Tout en étudiant ses dossiers, François parcourt les sources, ne laissant pas qu’à la Curie le privilège de l’informer. Ce monopole prend fin peu après son élection, lorsqu’il décide de s’installer à Sainte-Marthe. Ce jour-là, jusqu’alors uniquement une résidence pour les fonctionnaires du Vatican, est devenu un lieu de pouvoir à part entière.

Dans le Palais apostolique où travaillent les membres de la Secrétairerie d’État, mais aussi dans le reste des dicastères disséminés pour la plupart autour de la place Saint-Pierre, le sentiment d’être « double » suscite perplexité et agacement. Ceux qui occupent ces fonctions sont habitués à être systématiquement impliqués dans les décisions du pape. Désormais il est de coutume de les entendre châtier « Visiteurs de Sainte-Marthe ». Ils les déplorent autant qu’ils les envient, comme d’autres à Paris déplorent l’influence des « visiteurs du soir » à l’Elysée.

“Nous ne comprenons pas vraiment comment les décisions sont prises”, dit un peu confus un prêtre qui travaille à la Curie depuis dix ans. “Ce sont les surprises du chef !” », dit un autre en souriant. Des surprises qui alimentent une forme de méfiance mutuelle.

La liste des courts métrages est longue. On ne compte plus les décisions dont la Curie a appris l’existence en lisant les journaux. C’est notamment le cas des nombreuses interviews accordées aux médias italiens et argentins ces derniers mois. Par exemple, le dicastère de la communication, théoriquement chargé par le pape de souligner son action, n’a jamais été associé aux entretiens que François a donnés en mai dernier à Corriere della Sera, ni dans l’interview télévisée diffusée sur la RAI le Vendredi Saint. Pas même à la grande interview début juillet avec le vaticaniste de Reuters.

Lorsque le pape a annoncé sa décision de… proclamer Saint Irénée de Lyon Docteur de l’Église, la Congrégation pour les causes des saints, bien que chargée du dossier, n’a pas été informée.

Contrôle vertical

Mais il s’agit de guerre en ukraine que ce cavalier solitaire soulève le plus de questions. Le 25 février, au lendemain de l’invasion, François se rend seul avec son chauffeur à l’ambassade de Russie près du Saint-Siège. Une visite dont presque personne au Vatican n’a été informé, pas même parmi les hauts fonctionnaires de la diplomatie.

Depuis le début du conflit, il téléphone plusieurs fois par semaine à Elisabetta Piqué, envoyée spéciale du journal argentin. la nation en Ukraine – et un vieil ami – pour obtenir des informations sur la guerre en cours… en plus de celle du nonce apostolique à Kiev, dont la première tâche est justement d’informer le pape.

Cette opération verticale a culminé le 19 mars. Ce samedi, alors que personne ne s’y attend, le pape publie un document sur lequel il travaille depuis sept ans : la nouvelle Constitution apostolique. Le document doit être gravé dans le marbre réforme de la curie, l’un des points principaux du « programme » sur lequel le pape a été élu par les cardinaux en avril 2013. Personne à Rome n’est au courant de cette publication. Certes, une conférence de presse était prévue, mais seulement deux jours plus tard. Aussi, lorsque le document de 54 pages est envoyé aux journalistes à midi, c’est la surprise générale.

Le secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, qui s’est rendu à Dubaï, d’où il est parti pour inaugurer le pavillon du Saint-Siège à l’Exposition universelle, n’en a été informé que moins d’une heure plus tôt.

Les responsables des communications pontificales ne l’apprennent que vingt minutes avant midi… si bien qu’ils ont juste le temps de rentrer chez eux et de se rendre au travail, sans avoir le temps de lire eux-mêmes le texte. “Le Pape a voulu éviter tout blocus de la part de la Secrétairerie d’Etat”, estime une source romaine, reconnaissant que certains services auraient pu bloquer le texte, explique que tel ou tel point ne s’appliquerait pas.

Contourner les résistances de la Curie

Ceux à Rome qui veulent expliquer cette “verticalité” de François la considèrent comme une nécessité. Ce comportement lui permet d’échapper à la résistance d’une partie de la Curie, une administration naturellement réticente au changement. Benoît XVI s’y était déjà heurté à la fin de son pontificat, notamment lors de la Scandale VatiLeaks. Les documents divulgués avaient contribué à sa démission.

« Je me souviens d’une rencontre avec Benoît XVI, entre l’annonce de sa démission et son départ effectif, dit un ancien chef de dicastère. Nous étions avec tout un groupe à l’époque. Au cours de la conversation, nous avons soulevé un problème au sujet duquel nous lui avions écrit. Il nous dit alors qu’il nous a répondu il y a quelques jours. Cependant, nous n’avons jamais reçu la réponse! Nous avons réalisé par la suite que quelqu’un l’avait bloqué et qu’il n’avait jamais été envoyé. » Quelques années plus tard, l’un des proches du pape note clairement : « S’il ne résiste pas, il ne gouverne pas. Sans cette verticalité, il serait dupe. »

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La maison Sainte-Marthe

Hôtel ecclésiastique situé dans l’enceinte du Vatican, la Domus Sanctae Marthae (Maison de Sainte Marthe) a été voulue en 1994 par Jean-Paul II. Les 129 chambres abritent principalement des membres de la Curie. Mais dans le cas d’un conclave, chacun doit quitter les lieux pour quelques jours et laisser sa chambre aux cardinaux venus du monde entier pour choisir le futur pape. Pendant le conclave, cette maison garantit la totale confidentialité des jours où le futur pape sera élu. Il est géré par les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul.

Le pape François habite la chambre 201 de la résidence, au deuxième étage, depuis son élection. Outre une spacieuse chambre, cette suite dite « pontificale » comprend un grand bureau, une pièce de réception et une petite pièce d’entrée. Il y mange seul ou en compagnie d’invités de passage.

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